Le cinéma en France : l’affluence rime-t-elle avec « qualité » ?

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Les Français ont toujours été friands de cinéma et continuent à fréquenter en masse les salles obscures. Les chiffres de ce début d’année 2016 le confirment puisqu’on a comptabilisé 25,45 millions d’entrées pour le seul mois de février, un record selon le CNC. Pour autant, le succès au cinéma rime-t-il avec « qualité » ? 

On ne l’apprend à personne, le cinéma fait parti du patrimoine français. Depuis l’invention du système de projection sur grand écran par les frères Lumière dans les années 1890, le cinéma est un art apprécié et accessible par tous. L’année 2015 ayant marqué une légère baisse, notamment en raison des attentats de novembre, 2016 semble démarrer fort pour le 7ème art. On compte 25,45 millions d’entrées pour le seul mois de février. Un record de fréquentation pour ce mois depuis la mise en place des statistiques mensuelles du CNC, en 1980.

Le box-office France, les parts de marché des films français et américains… Un tour d’horizon des chiffres à retenir de ce début d’année 2016 :

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Infographie

Mais pourquoi le mois de février 2016 a-t-il aussi bien marché ? Comme toujours, la météo est un des facteurs à prendre en compte, « puisque la pluie et le froid peuvent avoir pour effet de drainer les spectateurs vers les salles obscures, quand ceux-ci parviennent à sortir de chez eux », explique Maximilien Pierrette, journaliste à Allociné. « Mais je pense que cette fréquentation est également due à une combinaison entre les vacances scolaires, étalées sur 4 semaines, et un line-up intéressant de sorties : sur les 10 films à avoir dépassé le million d’entrées à ce jour, 8 sont sortis en février, à commencer par les 5 premiers du classement actuel ». Effectivement, Les Tuche 2 et Deadpool sont sortis au début du mois et Zootopie et The Revenant, en fin de mois. Selon Stéphane Boudsocq, journaliste cinéma à RTL, « janvier 2016 a été relativement calme en terme de grosses sorties, pas étonnant donc que le mois de février ait à ce point performé ». Mais le grand débat qui revient tous les ans n’a toujours pas de réponse : l’engouement des français pour ces films rime-t-il avec « qualité » ?

Les Français amateurs de films populaires

Au vue du box-office, il apparaît que les Français sont attirés par les comédies et les blockbusters. Les Tuche 2 a engrangé 4,4 millions d’entrées, suivi de près par le film sur le super-héros Deadpool et le film d’animation produit par Disney, Zootopie. Le grand divertissement est largement plébiscité. Pour Maximilien Pierrette, le succès d’un film repose « notamment sur le bouche-à-oreille, qui permet au long métrage de se maintenir dans les salles en attirant de nouveaux spectateurs ». Alors quand les gens rient et s’amusent, ils en parlent autour d’eux et cela fait effet boule de neige.

C’est notamment pour cela qu’il est difficile de réellement juger de la qualité cinématographique car elle est évidemment subjective. Même si les critiques de la presse pour Les Tuche 2 sont majoritairement négatives, elles n’empêchent pas les gens de passer un bon moment et de trouver le film à leur goût. Ce n’est pas la qualité qui est récompensée par l’affluence dans les cinémas mais le grand divertissement, qu’il soit comique ou explosif. De plus, les quatre films qui se placent en haut du box-office ont su rassembler des publics différents. »On retrouve aussi bien des comédies que des films d’animation, de super-héros ou d’auteur (The Revenant, ndlr). Il y en a vraiment eu pour tous les goûts, et le public y a visiblement trouvé son compte », explique Maximilien Pierrette. Un box-office qui montre bien que le cinéma plus confidentiel passe à la trappe pour la grande majorité des spectateurs. « C’est représentatif de ce que le grand public français aime au cinéma, car beaucoup de films plus pointus ont hélas été trop peu vus », confirme le journaliste. Une question de manque de choix peut-être. D’après lui, les films populaires ont davantage de succès en province, où ils attirent en moyenne 5-6 spectateurs contre 1 à Paris. Même si la tendance s’inverse, certains films d’auteurs, moins grand public, sont peu présents dans les grandes salles du pays et sont projetés seulement dans les salles de la capitale.

Les quatre films du box-office France :

1 – Les Tuche 2, d’Olivier Barroux : 4,4 millions d’entrées.

2 – Deadpool, de Tim Miller : 3,3 millions d’entrées.

3 – Zootopie, de Byron Howard, Rich Moore et Jared Bush : 3,2 millions d’entrées.

4 – The Revenant, de Alejandro Gonzalez Inaritu : 2,4 millions d’entrées.

Et si le succès rimait avec « familiarité » ?

Alors si le succès d’un film ne se rapporte pas forcément à sa qualité, à quoi se rapporte-t-il ? « Le succès d’un film, aujourd’hui, rime avec « familiarité », car ce sont souvent des suites, des remakes, des adaptations de romans célèbres comme Hunger Games et Le Labyrinthe, ou des acteurs déjà couronnés de succès qui marchent le mieux en salles », analyse Maximilien Pierrette. « Pour être sûrs d’atteindre la rentabilité, les producteurs misent avant tout sur des valeurs sûres », conclue-t-il. Les spectateurs savent à quoi s’attendre lorsqu’ils vont dans les salles. C’est également l’avis de Stéphane Boudsocq qui trouve que ces quatre films en haut du box-office « répondent à un cahier des charges bien précis, chacun dans leur genre, portés par des vedettes installées ou des labels reconnus ». Ainsi, par exemple, le maintenant oscarisé Leonardo DiCaprio tient le rôle titre dans un film d’auteur et les studios Disney proposent un nouveau film d’animation. Une recette qui fonctionne et servie à toutes les sauces.

Cependant, aucune formule n’est garantie à 100% quand un film sort sur les écrans. Stéphane Boudsocq nuance : « Son succès ou son échec dépend avant tout de l’envie du public et plus du tout de formules toutes faites basées sur la réputation d’un casting ou la répétition d’une recette aussi éprouvée soit elle. » Il donne des exemples récents précis : « Amis Publics, avec Kev Adams, qui sortait de deux gros succès (Les Profs 2 et Aladdin, ndlr), a par exemple déçu en terme d’entrées. Chocolat, avec Omar Sy ou La vache, avec Jamel Debbouzze de leur côté avaient sans doute espéré un meilleur résultat…« .

Le mois de février 2016 marque un beau début d’année pour le cinéma en France et ce alors que la saison des blockbusters américains n’a pas encore commencé et que certaines grosses comédies françaises comme Les Visiteurs 3Camping 3 et Brice 3 doivent encore sortir dans les salles. Du cinéma de qualité en perspective…

L’âge d’or des films de super-héros : bientôt le déclin ?

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Depuis le début des années 2000, Hollywood produit plusieurs films de super-héros par an. Mais alors que cet âge d’or semble encore d’actualité, certains grands noms du cinéma américain, comme Steven Spielberg et Robert Downey Jr, préviennent de son possible déclin.

En 2015, Ant-Man, Avengers 2, en 2016 Superman vs Batman, Suicide Squad… Chaque année, les films de super-héros envahissent les écrans du monde entier. Dans l’Amérique post-11 septembre, le genre est devenu dominant dans l’industrie hollywoodienne. Pourtant, il semble s’essouffler et perdre du terrain.

Une des voix qui s’élèvent pour avertir du déclin du genre, c’est celle de Steven Spielberg. Dans une interview donnée à l’Associated Press, pour la sortie de son film Le Pont des Espions, (octobre 2015) le réalisateur américain explique : « Il y aura un moment où les super-héros emprunteront le même chemin que le western ». Il nuance son propos en ajoutant que « cela ne signifie pas que le western n’aura plus d’occasion de revenir ou que les super-héros ne reviendront pas. » Ces propos font suite à ceux qu’il a tenu en 2013, avec George Lucas, lors d’une conférence face aux élèves de l’école de cinéma de l’Université de Californie du Sud (USC). A l’époque, Spielberg avait été très pessimiste sur l’avenir du 7ème art, parlant du fait que les studios préfèrent produire un film à 250 millions de dollars plutôt que de s’intéresser à des petits projets originaux. D’après lui, « il y aura une implosion le jour ou trois-quatre, voire une demi-douzaine, de ces films aux budgets énormes vont se planter, et le modèle va encore changer. »

Même les acteurs participant à ces films de super-héros ont un recul critique sur le genre. L’acteur Robert Downey Jr, célèbre pour avoir prêté ses traits à Tony Stark aka Iron Man, est lui aussi sceptique quant à l’avenir des films de super-héros. Il a déclaré, au Telegraph en octobre dernier, que « le genre commence doucement à s’essouffler. On peut même parler d’un petit coup de vieux. L’été dernier, il y a eu quoi, 5 ou 7 films de super-héros ? Et ils ne sont pas reçus pareil que les autres films… ». Selon lui, « les spectateurs leur pardonnent davantage leurs défauts, car ils sont devenus un rendez-vous fréquent pour eux ». L’acteur évoque du bout des lèvres un problème important, les défauts de ces oeuvres. Les films du genre se suivent les uns et les autres, et ne semblent prendre forme que pour engendrer des recettes. L’originalité et la qualité se cachent sous le tapis du spectaculaire : des batailles, des explosions, beaucoup de bruit mais pas de parti pris artistique. Il apparaît même que les films sont de moins en moins bons.

ALORS, ÂGE D’OR OU DÉCLIN PROCHE ?

Pourtant, les studios de cinéma Disney et Marvel ont un planning bien chargé pour les années à venir. Après la Phase 2 avec le film Ant-Man (sorti en juillet 2015), Marvel entame la Phase 3 de son projet global. Cette phase contient 9 long-métrages et s’étalera jusqu’en 2019. La Warner, quant à elle, développe sa Justice League et la Fox continue à produire les X-Men et Les 4 Fantastiques.

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Pour autant, même si la production s’accélère en passant de 7 à 8 films par an au lieu de 3 à 4 films entre 2011 et 2015, tout n’est pas rose au pays des super-héros. « Vous ne pouvez pas tous avoir du succès en faisant la même chose », déplore l’analyste Doug Creutz dans un rapport intitulé Memo pour Hollywood, paru en mars 2015. Le système n’est pas viable sur le long terme. Mais le plus grave dans cette course au « reboot » (nouvelle version d’un film, ndlr) à gros budget, c’est la conséquence sur l’industrie cinématographie globale. Dans son rapport relayé par Hollywood Reporter, Doug Creutz explique : « L’état du box-office continue d’empirer alors que les studios resserrent leurs stratégies autour des blockbusters (…) Nous sommes de plus en plus soucieux envers les stratégies quasi-identiques des grands studios, qui risquent d’endommager l’industrie et accélérer les tendances séculaires négatives déjà existantes. ». La fin des films de super-héros apparaît de plus en plus proche et même nécessaire pour éviter à Hollywood de foncer dans le mur.

POURQUOI LES FILMS DE SUPER-HÉROS ?

Pendant encore quelques années, les films de super-héros semblent être une valeur sûre pour les studios américains. Mais pourquoi sont-ils devenus aussi omniprésents dans le paysage cinématographique actuel ? L’une des raisons principales est d’ordre pratique : les progrès techniques ont permis de nouveaux effets spéciaux, ce qui a donné les outils nécessaires aux producteurs pour monter des films ambitieux. L’autre raison importante est l’attrait des spectateurs pour les comics, ces bandes-dessinés sur les super-héros qui ont une grande influence sur la pop culture. Les studios américains l’ont bien compris et usent et abusent de cet attrait.

Alors que cette année 2015 se termine avec seulement 3 films de super-héros au compteur, l’agenda cinéma du genre sera bien rempli début d’année 2016 : Batman VS Superman sort le 23 mars, Captain America : Civil War le 27 avril, X Men : Apocalypse le 18 mai 2016.

Donc un déclin proche, oui, mais pas pour tout de suite. Dans une interview au journal 20 Minutes en 2014, Philippe Guedj, journaliste et auteur du livre Comics sur les super-héros américains, nous met en garde : « Nous allons effectivement bouffer du super-héros pendant au moins les cinq prochaines années ». Si vous n’êtes pas adepte du genre, vous êtes prévenus.

NETFLIX, pour ou contre ?

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Le phénomène américain Netflix a débarqué en France il y a quelques mois. Il propose un service en flux continu sur internet pour regarder des séries et des films. Le sujet a fait les choux gras des médias et a été annoncé comme une révolution. Depuis, les articles de pour et contre fleurissent sur les réseaux sociaux/journaux/sites internet.

Ici, je donne mon avis et livre ma version non censurée (oui, on va parler de choses illégales héhé) !


POUR.

D’abord, Netflix n’a pas à rougir de ses séries.Tu n’as pas vu Breaking Bad ? Tu as vaguement entendu parler de How I met Your Mother et de Orange is the New Black ? Empare-toi de ta carte bleue et créé-toi un compte Netflix sur le champ !

On ne va pas se mentir, pour suivre nos séries US préférées, on va souvent les chercher illégalement dans les méandres de la toile (tu sais, le streaming). Mais voilà, la qualité est médiocre, les sous-titres (quand il y en a) sont approximatifs, les hébergeurs des vidéos buguent… Bref, cela peut en rebuter plus d’un.

Avec Netflix, tu peux t’enfiler une saison de Gossip Girl sans t’embêter à chercher l’épisode 7 qui est devenu un « lien mort ». Netflix te charge tes épisodes en douceur, il te prévient dès le générique que le prochain va être chargé dans 5, 4, 3, 2, 1… C’est fluide, c’est beau et tu te sens choyer quand il te propose des séries qui peuvent te plaire.

Bojack Horseman, produit par Netflix et série hilarante.

Bojack Horseman, série hilarante produite par Netflix.

Autre chose appréciable, les films cultes, que tu cherches inlassablement en VOSTfr en vain sur le net, sont là.

Le choix est tout aussi sympathique pour les documentaires et permet d’en découvrir un large échantillon. Tu as toujours voulu tout savoir sur l’histoire de Pixar ? Ou sur JFK ? Ou sur les Suricates ? Tu veux revoir la trilogie Apocalypse sur les guerres mondiales ? Netflix te les sert sur un plateau.

Documentaire sur la protection des gorilles produit par Netflix et conseillé par Leo DiCaprio.

Documentaire sur la protection des gorilles produit par Netflix et conseillé par Leo DiCaprio.


CONTRE.

Mais tout n’est pas si rose malheureusement…

On ne le répétera pas assez, le catalogue français fait pâle figure à côté du catalogue américain. La liste de propositions de films est pauvre et paraît même triste : au milieu d’une dizaine de films étrangers récents, on trouve une vingtaine de films français datant des années 80-90… Pas très moderne tout ça.

Cela ne justifie pas de payer presque 8 euros par mois (pour la première offre) pour avoir accès à un catalogue de cet acabit. Alors oui, des « nouveautés » débarquent régulièrement sur Netflix mais en définitive, si tu souhaites une révolution, le géant américain n’en est pas une.

Je conseille d’attendre quelques mois (quelques années ?!) que Netflix France se développe et nous propose une plus belle offre de films et de séries.

Célébrons le cinéma comme il se doit…

Cela fait plusieurs années que j’ai du plaisir à suivre les cérémonies du 7ème art. Plus jeune, j’ai commencé par ne pas rater les César avec un enthousiasme débordant (notamment car Canal+ les diffuse en clair, c’est donc facile d’accès contrairement aux cérémonies étrangères). Enthousiasme qui s’est malheureusement dissipé au fil des années en me rendant compte que les français ne sont pas excellents dans cet exercice périlleux. En effet, il est difficile de tenir en haleine les téléspectateurs pendant 3h en parlant du cinéma intimiste comme du cinéma plus populaire, en laissant la parole à des techniciens recevant leur prix dont le public ne connait pas un nom, etc… Bref, moultes raisons font que ce programme est la « bête noire » de la télévision, sur laquelle s’acharnent souvent les médias, et plus récemment le public qui donne son avis sur les réseaux sociaux.

Salle du Théâtre du Chatelet lors de la Nuit des César en 2012

Salle du Théâtre du Chatelet lors de la Nuit des César en 2012

Alors bien sûr, Canal+ essaye d’insuffler du divertissement en mettant comme Maître de cérémonie (différent de Président, qui désigne la personnalité du cinéma ouvrant les César ; ici on parle plus du présentateur si l’on utilise le vocabulaire usuel) des touche-à-tout ayant comme trait commun l’humour. Ainsi, dans les années 2000-2010, défilent Antoine de Caunes, Alain Chabat (seulement en 2000), Edouard Baer (deux ans de suite), Valérie Lemercier et Gad Elmaleh, qui travailleront même en duo en 2010. Souvent considérée comme barbante, il y a une vraie volonté de rendre cette cérémonie plus légère et surtout divertissante. Etrangement, malgré le talent des personnalités qui se succèdent sur scène, le succès télévisuel n’est pas au rendez-vous. Jamais la presse n’a fait état d’une cérémonie grandiose, où tout le monde éclate de rire pendant 3 heures, où l’émotion vibre dans chaque parole… Non, le constat est souvent négatif voire indifférent. On peut tout de même noter des fulgurances chaque année, certains remettants de César font des mises en scène drôles et malignes. Mais cela reste trop rare sur une durée évaluée trop longue. Alors quel est le problème ? Pourquoi nous n’arrivons pas à divertir et à être diverti ? Nous, français, sommes-nous « chiants » ?

Oui, parfois c'est drôle et pertinent

Oui, parfois c’est drôle et pertinent

Il est intéressant d’opposer les César aux grandes cérémonies américaines. Car, oui, les américains sont les rois du divertissement concernant ce genre de programme. Comment font-ils pour faire rire les audiences présentent dans la salle et derrière l’écran à l’unisson ? D’abord, il faut expliquer que les salles de ces cérémonies, que ce soit en France ou aux USA, sont remplies de gens du cinéma ou de la télévision, d’artistes en somme. Et ces artistes sont, de l’autre côté de l’Atlantique, très clients des artistes sur scène. Là-bas, il y a le culte du show, du divertissement contrairement à la France, où le sérieux a l’air de primer dans le public des César. La salle du théâtre du Chatelet est souvent considérée comme froide et hermétique. J’ai lu un article, datant des derniers César en 2013, (que je ne retrouve pas) qui expliquait cette sensation de salle distante vis-à-vis de ce qui se passe sur scène et qui y est sûrement pour beaucoup dans le « non-succès » de la cérémonie. Si les personnalités présentes ont l’air de s’embêter, les vannes et les moments théâtraux tombent à plat, et tout le monde se retrouve mal à l’aise. Ce qui est frappant aux Etats-Unis, c’est l’envie de mise en scène constante, chacun participe à ce grand show télévisuel et le résultat est très satisfaisant.

Avouez qu'il en jette, ce cher Neil Patrick Harris

Avouez qu’il en jette, ce cher Neil Patrick Harris

Lors des derniers Emmy Awards, (récompenses honorant chaque année les meilleures émissions et les meilleurs professionnels de la télévision américaine) le présentateur Neil Patrick Harris (l’excellent interprète de Barney Stinson dans How I Met Your Mother) a mis le feu à la scène en enchaînant discours drôles, chants et danses comiques. Ces performances étaient très souvent en collaboration avec des personnalités fortes du petit écran américain tels Jimmy Fallon (animateur télé comique) ou Sara Silverman (actrice complètement hilarante) ou encore par de grands acteurs reconnus internationalement, comme Kevin Spacey avec son extraordinaire intervention faisant référence à son rôle actuel dans la série House of Cards (il prend la parole face caméra, parlant directement au téléspectateur, et se vantant d’être le chef d’orchestre caché de la cérémonie, comme son personnage de politique manipulateur dans HoC). Et c’est sans parler des Oscars qui proposent, tous les ans, un moment de divertissement incomparable en tant que cérémonie célébrant le cinéma.

Les artistes américains, qu’ils soient acteurs ou animateurs, humoristes ou journalistes, mouillent leur chemise pour rendre ces instants de télévision mémorables. Et cela fonctionne, on ne s’ennuie pas une seule seconde.

Alors, quand on a goûté à ce que proposent nos voisins outre-Atlantique, peut-on considérer la Nuit des César comme une cérémonie accomplie ? Le téléspectateur se sent-il intégré dans cette soit-disant « grande famille » qu’est le cinéma français ? Il est difficile d’en être convaincu mais ne perdons pas espoir. Cette année, la cérémonie est présentée par Cécile de France le 28 février prochain. Ayant une grande affection pour cette actrice belge au tempérament doux et jovial, j’espère être enfin satisfaite par cette soirée.

Cécile de France, Maîtresse de cérémonie des César 2014

Cécile de France, Maîtresse de cérémonie des César 2014

Rémi Bezançon, un réal français à connaître !

Parlons de Rémi Bezançon…

… Réalisateur d’une quarantaine d’années dont on ne sait pas grand-chose à part qu’il a étudié à la très reconnue école d’audiovisuelle, l’ESRA.

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Pourquoi parler de lui ?

J’aime ce qu’il fait, j’aime sa façon de faire des films, j’aime son univers. Rémi Bezançon a réalisé seulement quatre long-métrages, dont un animé qu’il a co-réalisé. Oui, le garçon n’a pas une vingtaine de films à son actif comme d’autres, cependant il ne manque pas de talent. A mes yeux, c’est un des réalisateurs français les plus doués du moment. Sa force est de raconter des histoires banales mais humaines, qui nous parlent à tous en dévoilant nos contradictions d’une manière visuelle douce avec des mots percutants.

Il a fait quoi ?

Son premier film, Ma vie en l’air, date de 2005. Il raconte l’histoire d’un trentenaire plein de contradictions, interprété par le très bon Vincent Elbaz, dans une mise en scène savoureuse et fluide. Les répliques sont travaillées et ne servent pas seulement à laisser glisser l’intrigue mais sonnent vraies. Marion Cotillard et Gilles Lellouche, en seconds rôles, complètent le tableau de cette comédie intrigante. Un vrai coup de cœur pour l’histoire de ce mec un peu paumé sentimentalement, professeur de pilotes de ligne mais qui a une peur bleue de monter dans un vrai avion…

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Le film le plus connu de Rémi Bezançon est Le Premier Jour du reste de ta vie. En effet, c’est son premier grand succès public et il fut nommé aux César en 2009 dans les catégories meilleur scénario original, meilleur réalisateur et meilleur film. Bezançon ne reçoit malheureusement aucun prix ; son talent fût récompensé à travers le César du meilleur espoir féminin pour Déborah François interprétant la benjamine de la famille, et le César du meilleur espoir masculin, pour Marc-André Grondin, le frère cadet. Car effectivement, le film retrace l’histoire tumultueuse d’une famille à travers 5 jours importants pour chacun. On retrouve la patte du réalisateur et scénariste dans les répliques qui fusent, ne tombant jamais à plat. Et une jolie mention pour la BO qui permet d’identifier les différentes époques et d’accompagner les personnages agréablement. (PS : Jacques Gamblin, je vous aime, vous êtes parfait dans ce film, merci merci merci pour tout)

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C’est en 2011 qu’il réalise son troisième long-métrage, Un heureux événement. Le scénario est tiré d’un roman d’Eliette Abecassis et a pour acteurs principaux le couple Louise Bourgoin et Pio Marmaï (déjà présent dans Le Premier Jour…). Comme le laisse entendre ce titre évocateur, le film raconte l’arrivée d’un enfant dans la vie de deux trentenaires. Que ce soit les joies et les peines, rien ne nous est épargné. Je suis plus réservée quant à ce film, j’ai eu des difficultés à m’attacher aux personnages et la vision de la triste réalité de la vie (baby blues, adultère, rupture ( ?)…) m’a laissé un sentiment négatif en tête que la jolie mise en scène n’a pu rattraper.

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Il va faire quoi ?

Je suis impatiente d’entendre à nouveau parler de lui et c’est avec enthousiasme que j’ai découvert qu’il retourne au genre de la comédie. En effet, il a achevé l’écriture de Nos futurs, l’histoire d’une crise de la quarantaine, en collaboration avec Jean-Christophe Lie (ils ont fait ensemble l’animé Zarafa). Le tournage ne semble pas avoir commencé car les interprètes sont inconnus à ce jour. Mais je ne désespère pas, j’attends des nouvelles de Rémi !

Le Discours d’un Roi.

D’après l’histoire vraie et méconnue du père de l’actuelle Reine Elisabeth, qui va devenir, contraint et forcé, le Roi George VI (Colin Firth), suite à l’abdication de son frère Edouard VIII. D’apparence fragile, incapable de s’exprimer en public, considéré par certains comme inapte à la fonction, George VI tentera de surmonter son handicap grâce au soutien indéfectible de sa femme (Helena Bonham Carter) et d’affronter ses peurs avec l’aide d’un thérapeute du langage, Logue, (Geoffrey Rush) aux méthodes peu conventionnelles. Il devra vaincre son bégaiement pour assumer pleinement son rôle, et faire de son empire le premier rempart contre l’Allemagne nazie.

J’ai vu ce film en VO et j’estime que c’est essentiel pour en apprécier toutes les subtilités. N’oublions pas que l’intrigue est avant tout tenue par l’orthophoniste, interprété par le très bon Geoffrey  Rush, qui fait travailler le Roi George VI, « Bertie », sur son problème d’élocution. Le langage est donc très important tout au long du film.

The King’s Speech (de Tom Hooper) nous plonge dans l’univers royal pendant presque deux heures. Cependant, contrairement à The Queen (basé sur la vie de la Reine Elisabeth, la fille du Roi George VI) qui m’avait ennuyé voir déplu, ce film nous montre avant tout la relation qui s’établit entre deux hommes. On peut la qualifier d’amitié, d’aide, de support : l’orthophoniste, Logue, d’abord considéré comme incompétent par « Bertie », se rend indispensable et devient un ami cher. Ce long-métrage est avant tout une histoire sur un lien qui se tisse entre des personnes que tout oppose, un Roi et un simple citoyen.

C’est cet aspect qui m’a énormément plu dans ce film. On suit l’évolution de la relation des deux hommes avec appréhension et tendresse. Le dépassement de soi est aussi une thématique du film : le bégaiement doit être vaincu et tout le monde met du sien pour y parvenir.

Cette belle histoire ne sera pas ce qu’elle est sans la merveilleuse interprétation de Colin Firth en tant que Roi. Il donne vie à la rage de son personnage, lui offre une palette de sentiments subtile, passe du désespoir à l’humour (anglais, of course). Le cinéma américain se doit de saluer cette performance et j’espère de tout cœur que Colin Firth obtiendra l’Oscar du Meilleur Acteur pour lequel il est nommé.

Helena Bonham Carter, qui joue sa femme, nous régale aussi par son espièglerie et son allure royalement simple. Son personnage nous paraît sympathique et efface toute distance entre le peuple et la couronne, sans pour autant perdre de son charisme. Geoffrey Rush nous livre aussi une belle prestation avec une irrémédiable fantaisie anglaise (ironique pour un Australien pur souche).

Je signale aussi, qu’en plus d’avoir apprécié l’histoire et les acteurs, j’ai beaucoup aimé l’ambiance du film. Les décors et la mise en scène ont été travaillé et cela se voit : Colin Firth est souvent filmé sur fond vide, le but étant de donner une impression de solitude et de détresse face au handicap, alors que Geoffrey Rush est toujours placé dans des endroits plus chaleureux et occupés. De plus, le London Fog ajoute un aspect plus énigmatique à l’image et on a la sensation que la vraie Angleterre apparaît à l’écran.

Je conseille vivement ce film et que, celui qui ne l’a pas encore vu, se procure le film au plus vite !

Citation :

« – Vous avez trébuché deux ou trois fois au début…

– Il fallait bien que je trébuche pour qu’ils me reconnaissent ! »

L’orthophoniste et le Roi, après qu’il ait prononcé son discours à la radio.